Légende et Histoire : le cimetière d’« Oum Hawa » à Djeddah
Situé entre les quartiers d’Al-Amariyah et d’Al-Baghdadiyah, le cimetière d’« Oum Hawa » est considéré comme le plus ancien de Djeddah. Il est aussi l’un des lieux les plus énigmatiques de la ville. Selon la croyance populaire, il abriterait la tombe d’Ève, la mère de l’humanité, d’où son appellation.
Oum Hawa : Origine et controverses
Historiquement, le cimetière se trouvait à l’extrémité du mur de l’ancienne Djeddah. Construit en pierre de corail locale, il a conservé son authenticité malgré plusieurs restaurations récentes, notamment la couverture de ses murs en marbre. Cependant, l’origine exacte de son nom reste entourée de mystère.
Aucun document historique ne prouve que ce site soit réellement celui d’Ève. Toutefois, les anciens habitants affirment avoir toujours entendu dire qu’il s’agissait du « tombeau de notre mère Ève ». Cette transmission orale a consolidé la légende à travers les générations, au point que certains pensent que le cimetière pourrait même précéder la ville de Djeddah elle-même.
Ève entre histoire et légende
Plusieurs historiens arabes, tels que Tabari, Ibn Jubayr et Al-Hamdani, rapportent des récits où Ève aurait été descendue à Djeddah tandis qu’Adam serait apparu en Inde avant de la rejoindre. Certains affirment que le nom même de la ville, « Djeddah », dériverait du mot arabe « Jadda » signifiant « grand-mère ».
Des écrits anciens suggèrent aussi que l’actuel emplacement du cimetière aurait été, avant l’islam, un sanctuaire de la tribu de Quda’a, remplacé ensuite par un tombeau symbolique d’Ève. Ainsi, la légende mêle traditions religieuses, interprétations linguistiques et mémoire collective.
La coupole et les récits des voyageurs
De nombreux voyageurs médiévaux ont mentionné l’existence d’une coupole au-dessus de la supposée tombe. Ibn Jubayr, au VIᵉ siècle de l’hégire, évoque un petit dôme à Djeddah présenté comme « la demeure d’Ève ». Ibn Battuta et le voyageur ottoman Evliya Çelebi ont également signalé un édifice semblable au XVIIᵉ siècle.
Certains ont même décrit la longueur approximative du tombeau et dessiné son plan, renforçant la croyance populaire. Ces descriptions ont contribué à faire connaître le site dans le monde entier, comme en témoigne l’ouvrage Djeddah, histoire d’une cité de Mohamed Youssef Tarabolsi, qui confirme que les historiens s’accordent sur la descente d’Ève à Djeddah mais divergent quant à l’emplacement exact de sa sépulture.
Destruction du dôme et préservation du site
Au début du XXᵉ siècle, le roi Abdelaziz Al Saoud ordonna la démolition du dôme pour mettre fin aux pratiques superstitieuses qui s’y déroulaient, notamment les visites de pèlerins cherchant bénédiction et intercession. Le but était de recentrer la foi sur les principes islamiques authentiques.
Depuis, le tombeau et le dôme ont disparu, mais le cimetière reste actif et conserve son nom légendaire. Malgré l’absence de preuves archéologiques, il continue d’attirer visiteurs et curieux fascinés par le mythe de la première femme.
Oum Hawa : Une mémoire universelle
L’aura de ce lieu dépasse la frontière religieuse. Durant le règne du chérif Aoun, des consuls étrangers à Djeddah s’étaient opposés à la destruction de la coupole, arguant qu’Ève représentait la mère de toute l’humanité, non celle des seuls musulmans.
Aujourd’hui encore, pèlerins et touristes se rendent au cimetière d’« Oum Hawa » pour contempler un site où se mêlent mythe, foi et histoire. Ce lieu symbolise la profondeur spirituelle et culturelle de Djeddah, point d’ancrage d’une mémoire partagée entre les peuples.
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