KAUST et MegaMove : nouvelle alerte sur la protection des océans
Une vaste étude scientifique à laquelle ont participé des chercheurs de la King Abdullah University of Science and Technology (KAUST) montre que les efforts actuels de protection des océans restent insuffisants pour protéger les grands animaux marins. Malgré l’objectif international visant à porter à 30% la part des zones marines protégées d’ici 2030, ces espèces continuent d’évoluer en grande partie hors des périmètres actuellement protégés.
Les résultats sont préoccupants : les tortues marines, les baleines et les requins passent plus de 85% de leur temps en dehors des zones marines protégées existantes. Selon les données mondiales de suivi utilisées dans l’étude, ces zones ne couvrent que 7,5% des espaces réellement utilisés par ces animaux.
Des données de suivi à grande échelle
L’étude repose sur une base scientifique exceptionnelle issue du projet MegaMove. Ce programme a rassemblé plus de 11 millions de points de suivi concernant 15 845 animaux marins appartenant à 121 espèces, sur une période de trente ans. Il s’agit de la plus grande base de données mondiale de ce type.
Cette ampleur donne à l’étude une valeur particulière, car elle ne s’appuie pas sur des observations ponctuelles, mais sur des décennies d’informations recueillies à l’échelle planétaire. Elle permet ainsi de mieux comprendre les déplacements des espèces marines à grande échelle et de mesurer les limites des politiques de conservation actuelles.
Pourquoi la protection actuelle ne suffit pas
Selon le professeur Carlos Duarte de KAUST, protéger les océans exige une compréhension précise de la manière dont les espèces marines utilisent l’espace océanique. Ces animaux migrent, se nourrissent et se reproduisent sur de très longues distances, souvent en traversant les frontières maritimes de plusieurs pays et même plusieurs océans.
Dans ce contexte, les zones marines protégées, telles qu’elles existent aujourd’hui, ne suffisent pas à couvrir les trajets réels de ces espèces. L’étude souligne donc qu’une conservation efficace doit être fondée sur les mouvements réels des animaux, et non uniquement sur des limites géographiques fixes.
Ce que l’étude recommande
Les chercheurs appellent à élaborer de nouvelles cartes mondiales montrant les couloirs de migration, les zones d’alimentation et les sites de reproduction des grands animaux marins. Ces données seraient essentielles pour mieux cibler les espaces à protéger et rendre les mesures de conservation plus efficaces.
L’étude recommande également d’étendre les zones marines protégées là où cela est nécessaire, mais aussi d’imposer des restrictions plus strictes à la pêche et au trafic maritime. L’objectif est de réduire les collisions mortelles et d’atténuer les perturbations causées par l’activité humaine.
Les menaces liées au trafic maritime
Les données présentées dans l’étude montrent qu’environ 300 grands cétacés meurent chaque année à la suite de collisions avec des navires. À cela s’ajoute un autre danger majeur : le bruit sous-marin généré par les activités humaines, devenu une menace largement répandue pour la faune marine.
Pour limiter ces risques, les scientifiques recommandent de réorienter les routes maritimes vers des corridors plus sûrs. Ils plaident aussi pour un meilleur contrôle des activités de pêche et des industries maritimes, afin de réduire l’impact des pressions humaines sur les écosystèmes océaniques.
Le rôle central de MegaMove
Le projet MegaMove représente une avancée majeure dans l’étude des déplacements des espèces marines. Il repose sur une coopération internationale exceptionnelle autour du partage de données scientifiques, ce qui lui permet de fournir une vision beaucoup plus complète des mouvements des animaux marins.
KAUST a joué un rôle central dans la création de ce projet, qui vise à produire des preuves scientifiques solides pour aider à formuler des politiques internationales de protection de la vie marine. Son importance réside dans sa capacité à transformer des données de suivi en outils concrets pour la conservation.
MegaMove : une application au service de la science
En plus de sa base de données scientifique, MegaMove s’appuie sur une application dédiée qui facilite l’exploitation des informations recueillies. Cette application permet de mieux organiser les données de suivi, de visualiser les trajectoires des espèces et d’aider les chercheurs à identifier les zones prioritaires pour la conservation.
L’intérêt d’un tel outil est de rendre la science plus accessible et plus opérationnelle. Il ne s’agit pas seulement d’accumuler des données, mais de les traduire en décisions utiles pour la protection des océans. Dans un contexte où les menaces sur la biodiversité marine augmentent, ce type d’application renforce le lien entre recherche scientifique et action environnementale.
Grâce à MegaMove et à l’apport des chercheurs de KAUST, la communauté scientifique dispose désormais d’éléments plus solides pour repenser la conservation marine. L’enjeu n’est pas seulement de protéger des zones, mais de protéger les routes, les habitats et les cycles de vie des espèces les plus vulnérables des océans.
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