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Des médecins célèbres victimes de deepfake pour des arnaques en ligne : un phénomène inquiétant

Après les célébrités comme Alain Delon, Florent Pagny ou encore Taylor Swift, ce sont désormais des médecins de renom qui deviennent les cibles de cybercriminels.

Ces derniers utilisent des deepfakes ( des vidéos manipulées à l’aide de l’intelligence artificielle ) pour diffuser des publicités trompeuses et promouvoir des traitements « miracles » contre des maladies graves telles que le diabète ou l’hypertension. Parmi les victimes, on retrouve des figures médicales populaires comme Michel Cymes en France et Michael Mosley au Royaume-Uni. Ces escroqueries, qui inondent les réseaux sociaux comme Facebook et Instagram, peuvent inciter des patients à abandonner des traitements médicaux essentiels au profit de produits dangereux et non validés.

Utiliser la notoriété comme crédibilité

 Les arnaques reposent sur l’utilisation frauduleuse de l’image de médecins reconnus, jouant ainsi sur leur crédibilité auprès du grand public.

« Les gens font confiance à ces vidéos parce que ces médecins ont passé des années à construire une réputation d’expertise et de crédibilité », souligne le Dr John Cormack, généraliste britannique et collaborateur du British Medical Journal (BMJ).

Ces deepfakes sont particulièrement pernicieux, car ils donnent l’illusion que des experts médicaux approuvent des traitements farfelus, tels que des sirops soi-disant « naturels » censés guérir le diabète sans recours à la metformine, un médicament essentiel dans le traitement de cette maladie.

Une cible precise

 Ces escroqueries visent principalement un public plus âgé, souvent moins familiarisé avec les technologies numériques et plus enclin à croire à l’authenticité des vidéos diffusées. Selon Henry Adjer, spécialiste en intelligence artificielle, ces deepfakes ont véritablement « décollé » cette année, avec une multiplication des publicités ciblant les seniors, qui sont plus vulnérables aux promesses de guérison miraculeuse. Le cas de Michel Cymes, très médiatisé, illustre bien cette tendance. Le célèbre médecin français, victime de ces deepfakes, a même décidé de poursuivre en justice Meta, la société mère de Facebook et Instagram, afin de lutter contre la prolifération de ces contenus frauduleux.

Les dérives des avancées de l’IA

 Le phénomène des deepfakes a pris de l’ampleur ces dernières années, notamment grâce aux progrès fulgurants de l’intelligence artificielle et du « deep learning », une technologie qui permet aux machines d’apprendre de manière autonome à partir de vastes ensembles de données. Frédéric Jurie, enseignant-chercheur en informatique à l’Université de Caen, explique que la qualité des deepfakes a énormément progressé, tant en termes d’images que d’audio et de vidéo.

« Aujourd’hui, grâce à des algorithmes puissants et l’accès à des milliards d’images, on peut modéliser et recréer presque tout ce qui apparaît dans une vidéo, ce qui rend ces manipulations extrêmement réalistes », précise-t-il.

En raison de cette sophistication accrue, même des figures médicales controversées comme le professeur Didier Raoult ont été victimes de deepfake. Ces vidéos truquées sont utilisées pour faire la promotion de produits douteux, comme des gommes au chanvre ou des remèdes « anti-hypertension », faisant croire qu’elles sont recommandées par des experts médicaux.

Une lutte difficile contre les arnaques en ligne

Malgré les efforts déployés pour limiter la diffusion de ces arnaques, les experts reconnaissent que la tâche est complexe. Hilary Jones, médecin britannique également victime de deepfakes, confie dans le BMJ avoir engagé un expert pour traquer ces publicités.

« Mais même quand elles sont retirées, elles réapparaissent dès le lendemain sous un autre nom », déplore-t-il, soulignant la difficulté de contenir cette vague d’escroqueries.

En parallèle, les autorités et les plateformes comme Meta (Facebook et Instagram) tentent de renforcer leurs mécanismes de détection et de suppression de ces contenus frauduleux. Cependant, la rapidité avec laquelle ces vidéos circulent et se répliquent rend la lutte contre ces arnaques très compliquée.

Un problème de santé publique et de confiance

 Ces arnaques basées sur des deepfakes posent un sérieux problème de santé publique. En plus de tromper les utilisateurs en leur faisant acheter des produits inefficaces, elles mettent directement en danger la vie des patients en les incitant à abandonner des traitements validés par la médecine traditionnelle.

« Ce genre de manipulation est extrêmement dangereux, car il pousse des patients à prendre des décisions de santé basées sur de fausses informations », avertit le Dr Cormack.

En détournant l’image de médecins respectés, ces arnaques érodent également la confiance du public dans les figures d’autorité et dans le système médical dans son ensemble.

 

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