Des chercheurs de KAUST découvrent comment renforcer la résistance des coraux
Des chercheurs de KAUST ont découvert qu’il serait possible de préparer les coraux à mieux résister à certaines maladies avant leur apparition.
L’étude montre que des coraux exposés à des doses non mortelles ou à des formes inactives d’un agent pathogène peuvent développer une meilleure résistance lorsqu’ils rencontrent ensuite le même agent infectieux.
Cette découverte pourrait ouvrir une nouvelle voie dans la protection des récifs coralliens à travers le monde.
Une réponse comparable à une mémoire immunitaire
Les résultats de l’étude ont été publiés dans la revue scientifique ISME Host and Microbe. Ils présentent le premier indice d’une réponse préventive des coraux qui ressemble, dans son principe, à une forme de mémoire immunitaire.
Le procédé consiste à exposer le corail à un agent pathogène affaibli ou inactif avant qu’il ne soit confronté à la maladie. Lors d’une nouvelle exposition au même agent, le corail semble alors réagir plus efficacement.
Cette méthode rappelle le fonctionnement général des vaccins chez l’être humain. Les chercheurs soulignent toutefois qu’il ne s’agit pas d’un vaccin au sens médical du terme.
Un résultat inattendu
Pendant plusieurs décennies, les scientifiques ont pensé que les coraux ne possédaient pas les mécanismes biologiques nécessaires pour se souvenir d’une exposition antérieure à un agent pathogène.
Les nouvelles observations remettent en question cette conception. Elles suggèrent que les coraux disposent de mécanismes de défense plus complexes qu’on ne le croyait.
Les coraux ne possèdent pas de système immunitaire adaptatif comparable à celui des êtres humains et des autres vertébrés. Pourtant, ils semblent capables de développer une forme de protection ciblée après une première exposition.
Les explications des chercheurs
La professeure Raquel Peixoto, spécialiste des sciences marines à KAUST et principale auteure de l’étude, a expliqué que les maladies représentent une menace croissante pour les récifs coralliens.
Selon elle, les chercheurs ont surpris de constater que les coraux exposés une première fois à un agent pathogène réagissaient ensuite de manière nettement plus efficace lorsqu’ils rencontraient le même agent.
Cette observation laisse penser qu’il serait possible de renforcer les défenses naturelles des coraux avant qu’ils ne soient touchés par une maladie.
Le chercheur postdoctoral Matteo Monte, également auteur principal de l’étude, a rappelé que le corail est rarement considéré comme un animal capable de tirer profit d’une exposition précédente à une maladie. Pourtant, c’est précisément le comportement observé par l’équipe.
Le rôle du microbiome
L’étude montre également que la protection observée ne dépend pas uniquement des changements internes du corail.
Elle concerne aussi son microbiome, c’est-à-dire l’ensemble des micro-organismes qui vivent à ses côtés et participent au maintien de sa santé.
Les bactéries et les autres micro-organismes associés aux coraux jouent un rôle important dans leur équilibre biologique. Une modification de cette communauté pourrait donc contribuer à améliorer leur capacité à résister aux infections.
Cette découverte encourage les chercheurs à étudier plus précisément les relations entre le corail et les micro-organismes présents dans son environnement.
Des récifs soumis à de fortes pressions
Les récifs coralliens confrontés à plusieurs menaces, notamment l’augmentation de la température des océans et d’autres changements environnementaux.
Dans des conditions difficiles, les maladies peuvent se propager rapidement au sein des récifs et des nurseries de coraux. Ces épisodes provoquent des pertes importantes et compliquent les programmes de restauration.
Les coraux élevés dans des nurseries sont particulièrement précieux pour les projets de réhabilitation. Ils sont ensuite transplantés dans des zones dégradées afin de contribuer à la reconstruction des récifs.
Renforcer leur résistance avant leur exposition à la maladie pourrait donc augmenter leurs chances de survie.
Une nouvelle approche de conservation
KAUST mène depuis plusieurs années des recherches consacrées à la résistance des coraux et à la restauration des récifs.
Des travaux précédents se sont intéressés à l’utilisation de micro-organismes bénéfiques, souvent appelés probiotiques, pour soutenir la santé des coraux.
La nouvelle méthode suit une approche différente. Elle utilise des agents pathogènes affaiblis ou désactivés afin de préparer le corail à reconnaître et à combattre une infection future.
Les chercheurs cherchent ainsi à transformer un élément habituellement considéré comme dangereux en un outil potentiel de protection.
Des recherches encore nécessaires
L’étude menée sur des coraux de la mer Rouge. Les chercheurs souhaitent maintenant déterminer si cette capacité existe chez d’autres espèces et dans d’autres régions.
Ils devront également mesurer la durée de la protection et vérifier son efficacité face à différents agents pathogènes et conditions environnementales.
L’équipe a déposé une demande de brevet concernant l’utilisation de cette méthode pour renforcer la résistance des coraux aux maladies.
Si les prochains essais confirment les premiers résultats, cette approche pourrait utilisé dans les nurseries, les programmes de restauration et certains récifs considérés comme prioritaires.
Une perspective pour l’avenir des récifs
La préparation préventive des coraux ne remplacera pas la lutte contre le réchauffement des océans, la pollution et la dégradation des habitats marins. Elle pourrait cependant devenir un outil complémentaire pour protéger les populations coralliennes les plus fragiles.
La découverte de KAUST ouvre surtout de nouvelles questions sur les capacités biologiques des coraux. Les recherches futures devront déterminer jusqu’où s’étend cette forme de mémoire, combien de temps elle peut durer et comment l’utiliser sans perturber l’équilibre des écosystèmes.
En renforçant les défenses naturelles des coraux avant l’apparition des maladies, les scientifiques espèrent améliorer les chances de survie des récifs et soutenir les efforts internationaux de conservation marine.
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