Sciences et Technologie

Boeing 737 : une faille pourrait permettre de tromper le pilote automatique

Des chercheurs en cybersécurité ont identifié une vulnérabilité potentiellement grave sur certains systèmes d’un avion Boeing 737.

Ils ont conçu un petit dispositif électronique, de la taille d’une pièce de monnaie, capable d’interagir avec le système de pilotage automatique. Selon leurs travaux, cet appareil pourrait modifier certains éléments du plan de vol et perturber des données importantes liées au décollage et au carburant.

Les chercheurs insistent toutefois sur le fait qu’il s’agit d’une démonstration réalisée dans le cadre d’une étude de sécurité. Ils ne recommandent pas aux passagers de paniquer.

Un appareil dissimulé dans la structure de l’avion

L’attaque étudiée repose sur l’utilisation d’un port situé derrière une ouverture extérieure de l’avion.

Selon les chercheurs, ce port serait accessible sans outil spécial en une quinzaine de secondes. Un petit appareil, dont le coût serait inférieur à 100 dollars, pourrait y être connecté.

Cette possibilité soulève des questions sur la protection physique des avions lorsqu’ils se trouvent au sol, notamment pendant les opérations de maintenance.

Les chercheurs estiment que l’emplacement pourrait être accessible à certains employés de maintenance ou au personnel des compagnies aériennes.

Un accès possible aux systèmes de l’avion

Une fois connecté, le dispositif pourrait communiquer avec le réseau informatique de l’avion.

Les chercheurs expliquent que cette connexion pourrait permettre à un attaquant situé au sol d’interagir à distance avec certains systèmes pendant le vol.

Le dispositif pourrait notamment viser le lien entre l’ordinateur de gestion du vol et les écrans utilisés par les pilotes.

Cette liaison transporte des informations entre plusieurs composants informatiques de l’appareil. Elle joue donc un rôle important dans la transmission des données nécessaires au pilotage.

Des informations trompeuses pour le pilote

Selon l’étude, un attaquant pourrait modifier certaines données affichées sur les écrans du cockpit.

Le pilote pourrait alors recevoir des informations incorrectes sans voir immédiatement qu’un problème est survenu. Ces données pourraient concerner, par exemple, la température extérieure, le poids de l’appareil ou la charge transportée.

Une information erronée sur le poids ou les conditions de vol pourrait influencer les calculs nécessaires au décollage. Une modification du trajet pourrait également entraîner un changement de direction non prévu.

Les chercheurs évoquent donc des scénarios pouvant avoir des conséquences très graves, notamment si l’équipage ne détecte pas rapidement la manipulation.

Une attaque difficile à repérer

Les chercheurs estiment que certaines attaques pourraient être très discrètes.

Un changement de quelques degrés dans la trajectoire pourrait ne pas être immédiatement visible. Dans certaines zones, comme au-dessus de l’océan, les pilotes disposent de peu de repères visuels pour constater une légère modification du parcours.

Cette discrétion pourrait permettre à un appareil de s’éloigner progressivement de sa route sans que l’équipage remarque immédiatement l’origine du problème.

Une découverte inspirée des systèmes de fraude

L’équipe de recherche a comparé son idée aux dispositifs utilisés pour voler les données des cartes bancaires sur certains distributeurs automatiques.

Les chercheurs ont cherché à comprendre comment un appareil extérieur pourrait se connecter au réseau interne d’un avion. Pour cela, ils ont assemblé pendant plusieurs années des composants informatiques provenant d’un Boeing 737 afin de reconstituer une partie de ses systèmes.

En étudiant les schémas de câblage de Boeing, ils ont identifié un point de connexion entre l’ordinateur de gestion du vol et le système d’affichage des données du pilote.

Des résultats transmis à Boeing

Les chercheurs ont informé Boeing de leurs conclusions il y a environ six ans. Ils indiquent avoir travaillé avec l’entreprise pour examiner la vulnérabilité.

Cependant, ils affirment ne pas avoir été informés de la mise en place d’une correction complète.

Selon eux, la modification des avions commerciaux peut être difficile, car ces appareils sont rarement entièrement reconçus après leur mise en service.

Les chercheurs précisent néanmoins qu’ils continuent eux-mêmes à voyager régulièrement à bord de Boeing 737. Ils ne présentent donc pas leurs résultats comme une raison immédiate d’éviter ce modèle d’avion.

La sécurité physique des avions en question

Bo Woods, ancien conseiller de l’Agence américaine de cybersécurité et de sécurité des infrastructures, a exprimé ses inquiétudes au sujet de cette étude.

Il estime qu’il serait théoriquement possible qu’une personne accède à un avion lorsqu’il se trouve au sol et qu’il est en maintenance, puis y installe un appareil de ce type.

Cette hypothèse souligne l’importance de renforcer la surveillance des accès physiques aux avions et de vérifier les équipements installés sur leur structure.

L’étude rappelle également que la cybersécurité aérienne ne concerne pas uniquement les logiciels. Elle dépend aussi de la protection des câbles, des ports, des réseaux internes et des procédures de maintenance.

 

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