Culture & Art

«NAZA» : un documentaire sur les mécanismes des violences à Gaza

Réalisé par les cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, le documentaire NAZA a remporté le Prix spécial du jury au Festival international du film de Venise 2026. Présenté en compétition officielle, il était le seul documentaire en lice pour le Lion d’or. Le film a également reçu un accueil particulièrement marquant, avec une ovation de près de 24 minutes après sa première projection.

Un film fondé sur des témoignages internes

Mostra de Venise : "NAZA", le documentaire choc sur les "mécanismes de mise  à mort" israéliens dans la bande de Gaza

NAZA s’appuie sur les témoignages de 24 soldats et officiers israéliens, notamment issus des services de renseignement militaire. Certains affirment avoir participé au fonctionnement des systèmes utilisés pour identifier les cibles et préparer les frappes à Gaza.

Les entretiens ont été réalisés dans le secret. Pour protéger les témoins, leurs visages et leurs voix ont été modifiés. Le film décrit notamment :

  • l’utilisation de systèmes de surveillance à grande échelle ;

  • l’analyse de données provenant de téléphones portables ;

  • le recours à des outils d’intelligence artificielle pour identifier des cibles ;

  • la connaissance préalable de la présence de civils dans certains bâtiments ;

  • le calcul du nombre de personnes susceptibles d’être tuées lors d’une frappe.

Le titre NAZA renverrait justement à un terme utilisé dans certains milieux militaires pour estimer le nombre de civils susceptibles de mourir lors d’une opération. Il symbolise ainsi la transformation de vies humaines en chiffres intégrés à une procédure militaire.

Une enquête au croisement du journalisme et du cinéma

Le documentaire est issu d’une enquête menée pendant près de trois ans. Il s’appuie également sur des travaux publiés par le magazine +972, le site Local Call et le quotidien britannique The Guardian.

L’objectif des réalisateurs est montrer les conséquences des bombardements. Aussi, remonter jusqu’au processus de décision : comment une cible est-elle désignée ? Quelles informations sont utilisées ? Qui valide la frappe ? Quelle place est laissée au contrôle humain ?

Cette approche met en lumière le lien entre les technologies militaires, les bases de données et les décisions qui peuvent entraîner la mort de civils. Elle présente la guerre comme un système administratif et technologique, dans lequel des vies humaines semblent des statistiques.

Des accusations graves

NAZA», documentaire choc sur les «mécanismes de mise à mort» israéliens  dans la bande de Gaza, est diffusé à la Mostra de Venise | Le Devoir

À travers ces témoignages, NAZA soulève des questions concernant le respect du droit international humanitaire et la possibilité que certaines opérations puissent constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité.

Il convient toutefois de distinguer le rôle d’un film documentaire de celui d’une juridiction. Le film apporte des témoignages et des éléments de contexte, mais la qualification juridique des faits relève d’enquêtes indépendantes et des tribunaux compétents.

L’armée israélienne a rejeté les accusations présentées dans le documentaire. Elle affirme cibler le Hamas et soutient que les frappes soumises à une validation humaine. Elle accuse également le Hamas d’opérer dans des zones civiles et d’utiliser la population comme bouclier humain.

Les réalisateurs de « NAZA »

Yuval Abraham est un journaliste et réalisateur israélien connu pour ses enquêtes sur l’occupation et les politiques militaires israéliennes. Rachel Szor, également cinéaste et directrice de la photographie, a participé avec lui à la réalisation du film.

Le documentaire est produit avec le soutien du Guardian. Le réalisateur britannique Jonathan Glazer, récompensé aux Oscars pour The Zone of Interest, figure parmi les producteurs exécutifs, tandis que James Wilson en est le producteur.

Après « No Other Land »

No Other Land (2024) - IMDb

NAZA prolonge le travail commencé avec « No Other Land », réalisé par Yuval Abraham, Rachel Szor, le Palestinien Basel Adra et Hamdan Ballal. Le film a remporté l’Oscar du meilleur documentaire en 2025.

No Other Land racontait la lutte des habitants de Masafer Yatta, en Cisjordanie, confrontés aux démolitions, aux expulsions et aux violences liées à l’occupation. NAZA déplace son regard vers Gaza et s’intéresse davantage aux structures militaires et technologiques à l’origine des bombardements.

Les deux films partagent une même démarche : documenter les violences à partir de témoignages directs et donner une place centrale aux populations palestiniennes, souvent absentes des récits officiels.

Une œuvre importante, mais à confronter à d’autres sources

La force de NAZA réside dans l’origine de ses témoignages et dans sa volonté d’examiner les mécanismes de décision qui précèdent les frappes. Les entretiens anonymes permettent de protéger les sources. Mais ils limitent aussi la possibilité pour le public de vérifier directement leur identité.

Le film doit donc lu avec les enquêtes journalistiques, les rapports des organisations de défense des droits humains, les témoignages palestiniens et les investigations internationales. Il n’en demeure pas moins une œuvre importante, car elle pose une question essentielle : que se passe-t-il lorsque des systèmes automatisés et des calculs statistiques participent à des décisions qui concernent la vie de civils ?

Par son succès à Venise, NAZA confirme la volonté de ses réalisateurs d’utiliser le cinéma documentaire pour interroger les responsabilités politiques, militaires et humaines liées à la guerre à Gaza.

 

Sujets connexes :

Le cinéma saoudien au Festival de Toronto 2026

Une présence saoudienne remarquée à Final Cut Venise

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page